Sur les rives bleutées du Gange

Bienvenue à Rishikesh, à la fois ville sacrée et sacré point de départ pour décrocher, déconnecter, s’éclater et surtout se ressourcer culturellement, émotionnellement et spirituellement.



Pour une prof de yoga amoureuse de l’Inde, aller à Rishikesh est un incontournable, une sorte de pèlerinage sur les traces des anciens yogi qui jadis se retiraient dans le silence des grottes de l'Himalaya entourant la bourgade, ou de Shiva, une des trois déités les plus vénérées de l’hindouisme, aussi reconnu comme étant l’Adiyogi, le premier Yogi, père du yoga et des arts.

Après 3 séjours dans ce merveilleux pays, je ne pouvais pas démarrer autrement mon aventure solo en Asie et j’ai donc choisi d’effectuer un TTC de 200h en Hatha Yoga à l’école Tattva Yogashala


Quésaco un ttc ?

Dans le jargon yogique, il s’agit d’un teacher training, une formation de professeur. Mais tu es déjà enseignante de Yoga me direz-vous ? Certes, mais j’ai encore tant à apprendre et le yoga a tant à m’apprendre sur moi même. Une yogini reste une éternelle étudiante face à l’infinitude du champ de connaissance couvert par le yoga et une vie ni suffira pas. De plus faire l’expérience d’une formation en Inde, à Rishikesh capitale mondiale du Yoga, me semblait être l’initiation idéale à ma nouvelle vie itinérante. Etre dans une bulle sans avoir à penser à quoique ce soit pendant un mois, purifier mon corps et mon esprit pour en quelque sorte me réinitialiser. Et bien je n’ai pas été déçue, l’immersion a été totale, très intense et riche en échanges, apprentissages et perfectionnement auprès de mes généreux et apaisants professeurs qu’ont été Anup ji pour la pratique de Hatha, Upendra ji pour les kriyas, le pranayama et la méditation et Sunil Sharma ji en Yoga nidra, philosophie et psychologie du yoga. Première promo depuis le fermeture due au Covid , nous n’étions qu’un petit groupe de 8 étudiants de 7 nationalités différentes. Aînée et seule professeur de cette joyeuse équipe, nous étions comme une famille, vivant, mangeant et étudiant ensemble de 6h à 21h durant 25 jours de joie, parfois de peine, de challenge, de fatigue, de partage, d’entraide, de tourista, de moments forts en émotions… Et quand vient la cérémonie finale, la remise des diplômes et l’éminence de la séparation, les yeux s’humidifient, les coeurs se serrent et les corps s’étreignent. Difficile de quitter cette petite communauté d‘étudiants et d’enseignants pour reprendre la route, mais je sais que j’ai de part le monde de nouveaux amis à qui rendre visite. La magie du voyage a une fois de plus tissé sa toile, noué des liens et enrichit des âmes.



Et alors, Rishikesh ?

J’ai surtout mis à profit les 3 jours qui ont précédé le début de la formation. C’est bien peu pour découvrir toutes les curiosités de la ville mais largement suffisant pour explorer, vagabonder, s’imprégner de l’ambiance. En Inde, l’aventure est souvent plus proche que l’on ne le croit pour un peu que l’on ait l’esprit ouvert et que l’on ai laissé ses peurs à la maison. Ma rencontre avec Raj, seul vendeur de bijoux en macramé du coin en est l’illustration parfaite. Les bijoux tissés par sa soeur déposés sur un drap à même le sol, le pauvre gars n’a certainement rien vendu depuis belle lurette. On discute de nos vies, de bijoux, je lui montre mes créations en sirotant des chaïs et un temps indéterminé plus tard, il abandonne son triste commerce pour m’emmener dans la jungle à la rencontre de deux babas. Le scooter a parfois bien du mal à gravir la piste cimentée, étroite et sinueuse qui grimpe effectivement dans la forêt et je me dis, comme à chaque fois dans ce genre de situation, que je suis parfois un peu inconsciente mais n’est ce pas le prix à payer pour vivre un peu d’aventure aujourd’hui. On croise des bouses d’éléphant et quelques singes, des stands de marchands de concombre et boissons dans des lieux totalement improbables pour arriver au fameux campement des babas rastas, le gourou et son jeune disciple. Assis sur une dalle en béton avec des visiteurs, vêtu d’un simple tissu autour de la taille et les drade locks enturbannées, le gourou m’accueille d’un namasté et me permet de visiter la grotte proche d’un petit court d’eau. Toujours mal à l’aise dans ce genre d’intrusion, je me laisse guidée par Raj, un habitué des lieux. Je comprends rapidement qu’il ne vient pas ici pour méditer ou prier mais pour partager des joints avec le disciple en échange de quelques dons en lait ou en fruits. Raj fait le traducteur et j’apprends que quelques nuits auparavant un troupeau d’une dizaine d‘éléphants s’est invité dans le campement et que parfois on peut y croiser un léopard ou un tigre. Rien d’étonnant à cela, nous sommes au coeur du parc national de Rajaji. C’est d’ailleurs pour cette raison qu'à maintes reprises, par la fenêtre du shala où j’allais pratiquer deux fois par jour, j’ai pu observer des calaos et j'ai même eu l’immense privilège d’assister à l’émouvante naissance d’un couple de ces oiseaux au bec impressionnant qui restent fidèle à vie. 💖



A seulement 350 mètres d’altitude, la ville sainte qui serait aussi cité de l’Amour selon mon ami Manish est en effet entourée de forêt et il est vrai que l’on y croise pas seulement des couples de calaos ou de langur gris à tête noire, mais aussi beaucoup d’amoureux enlacés ou main dans la main ce qui est plutôt chose rare en Inde car les rapprochements hors mariage demeurent mal perçus.


Sadhus devant le Swarg Ashram

Étant depuis des milliers d’années, l'un des centres les plus sacrés et les plus spirituels du pays, une foule de touristes et de pèlerins se pressent chaque week-end et durant les vacances dans les ruelles étroites. Ils se mêlent aux faux sadhus d’orange vêtus qui mendient un peu partout, aux vaches qui cherchent pitance sur le bitume brûlant et aux chiens errants qui dorment paisiblement ça et là. Je croise très peu de touristes occidentaux en quête de spiritualité en cette période post covid et nombre de magasins, restaurants et école de yoga sont encore fermées ou tentent de survivre après 2 années de plandémie qui ont mis à mal le florissant business de l’ayurvéda et du yoga. Les indiens n’en ont pas pour autant perdu leur sourire, leur bienveillance et c’est le regard toujours aussi lumineux qu’ils me saluent dans la rue curieux de savoir d’où je viens, d’échanger quelques mots ou parfois de faire un selfie. Dans la cacophonie klaxonesque, circuler ou plutôt zigzaguer de part et d’autre du fleuve et traverser les deux étroits ponts piéton (Ram Jhula et Lakshman Jhula), requiert une certaine vigilance pour ne pas tremper ses tongs dans une bouse 😁 et se faire heurter par les scooters qui ont une nette tendance à se croire les maîtres des lieux. Sans oublier les singes macaque postés sur les cables des vieux ponts hérités des anglais qui guettent pour chaparder tout ce qui est à leur portée. Un improbable et coloré melting pot, un gentil chaos vibrant de vie, un grand bazars où se mêlent odeurs d’encens et de street food, mantras psalmodiés, prières et tintement de cloches, dévotion et ferveur car en Inde tout acte de la vie est teinté de religion. Ainsi chaque soir au couché du soleil, les croyants se pressent sur les ghats pour assister à l’Aarti, cérémonie de la lumière qui honore le fleuve, considéré comme une mère, la déesse Ganga.


La dévotion pour ce fleuve est juste incroyable et se baigner dans ses eaux fraîches pendant notre pause était à chaque fois un pur moment de délice et de détente dans la chaleur intense du mois d’avril. La prudence reste de mise car le puissant courant emporte chaque année un grand nombre de croyants qui en général ne savent pas nager. D’ailleurs sur les ghats, les dévots procèdent à leurs ablutions, accrochés à une chaîne pour ne pas être emportés. Sur les plages, le sable gris irisé presque blanc, est d’une finesse somptueusement douce mais tellement brulant en cette saison que seules les vaches peuvent s’y coucher.

Les fidèles se pressent du pays tout entier pour se tremper dans les eaux du «fleuve mère» qui seraient capable de guérir et purifier ceux qui s’y immergent en les libérant du cycle des réincarnations. Croyance ? En fait, des études scientifiques ont bel et bien démontré les vertus magiques des eaux du Gange . Ainsi le docteur Krishna Khairnar, virologue à l’Institut national de recherche sur l’environnement (Neeri), a confronté les croyances à la réalité scientifique et les prélèvements confirment que la fameuse pureté du Gange n’est pas qu’un mythe. Ses eaux savent se régénérer, grâce à leur richesse en bactériophages et c’est ce pouvoir autonettoyant, qui permet de venir à bout de microbes tels que ceux du choléra. Ainsi un verre rempli d’eau du Gange demeure exempt de tout signe de putréfaction, même au bout de plusieurs années ce qui n’empêche pas le fleuve d’être extrêmement pollué et de mourir à petit feu. Mais Rishikesh est en amont, proche de la source, l’eau bleutée y est encore propre et nombre pèlerins en ramènent chez eux pour la boire et bénéficier de ses vertus curatives uniques au monde. Une autre propriété mystérieuse et encore inexpliquée est le taux record d’oxygénation de ses eaux. Beaucoup viennent donc s’y tremper religieusement mais aussi y faire du rafting, une activité très prisée tout comme la baignade dans les cascades environnantes qui malheureusement sont jonchées de détritus et de déchets plastiques, un fléau majeur en Inde dû au manque d’éducation et de services publiques de ramassage des ordures.



A bientôt Rishikesh…

J’ai quitté Rishikesh et l’Inde avec regrets mais je n’avais qu’un visa d’un mois. Absorbée par les cours et parfois trop fatiguée ou malade pour profiter de nos rares moments de libre, je n’ai pas eu assez de temps pour explorer autant que l'aurais souhaiter les alentours et découvrir tous les recoins de la ville. Je reviendrais, nul doute, je connais maintenant le chemin de Rishikesh qui mérite d’être vécue et savourée comme il se doit en laissant le temps se perdre et les rencontres se faire, instantanées, éphémères ou durables car elles laissent toujours des souvenirs mémorables. Je savais en que le rythme effréné du TTC ne m’autoriserait pas ces moments adorés où je me pose, discute, partage un chaï, où je m’offre ce cadeau précieux, le temps de vivre et d’être shanti shanti. J'écris ses lignes de Négombo, enclave chrétienne à 39 km de Colombo au Sri Lanka, mais je vous raconterais tout cela dans un prochain post. Au plaisir de vous avoir fait voyager un peu avec moi et si vous voulez poursuivre la route, inscrivez vous à ma newsletter ou sur ma page facebook.